Une info, très intéressante pour les acteurs du monde éducatif, est donnée par l'un des intervenants : presque une personne sur deux a aujourd'hui un emploi sans rapport avec sa formation initiale. Celà permet, comme le fait remarquer cet intervenant, de relativiser le prétendu bon sens de la professionnalisation des études voulue par certains (et mise en place progressivement, mine de rien, par l'EN depuis un certain temps déjà).

Ne serait-il pas plutôt capital de développer les capacités intellectuelles globales des élèves plutôt que de chercher à tout prix à leur apprendre à « réussir leur vie professionnelle » ? De les aider à être des hommes et des femmes conscients du caractère irréductible de la complexité du monde dans lequel ils vivent et de la nécessité de se donner des outils intellectuels, non pas seulement pour comprendre ce monde (ce qui est tout aussi vain que nécessaire), non pas pour se construire un projet de vie, comme on le dit trop souvent, mais bien plutôt pour être capables de se questionner en permanence et conséquemment de remettre sans cesse en cause ce qu'ils croient comprendre de ce monde, pour, finalement, accepter la complication sans crainte et vivre le doute de manière joyeuse et volontaire ? Mais il est vrai qu'un tel enseignement, le refus du caractère achevé de quelque savoir que ce soit, n'est certainement pas de nature à assurer des lendemains paisibles à ceux qui se satisfont du présent... (Surtout lorsqu'ils s'en satisfont grassement !)

Le débat étant revenu plusieurs fois au cours de l'émission sur les difficultés pour les jeunes à « trouver leur voie », un proviseur, après avoir longtemps tourné autour du pot, fini par lâcher le morceau, vers la fin de l'émission « Oui, bien sûr, il est normal de ne pas savoir ce que l'on veut faire comme métier quand on a 14 ans mais ... bon ... les études ... c'est quand même bien fait pour apprendre un métier, après tout ! ». Ben tiens...

J'ai souvent entendu ce discours-là, l'an passé, lors des débats organisés pour informer les parents sur le pourquoi des grèves. Et c'est bien là qu'est tout le problème dans les rapports qu'entretient notre société présente avec l'enseignement et plus largement la formation. Tant qu'on sera persuadé que la seule mesure, le but ultime, voire que la seule raison d'être de notre vie d'être humain est notre métier (« Ma bonne dame Michu, comprenez ! Faut quand même bien gagner sa vie, non ? »), tant, surtout, que cette croyance sera fondée sur celle qu'il est possible d'amener notre vie à un état d'achèvement, de félicité.... on n'est pas près de sortir de l'auberge !

Et le pire, là-dedans, c'est que ce n'est pas là la marque de la main obscure d'un quelconque pouvoir (pas essentiellement du moins). Au contraire, ce sont les meilleures volontés qui sont ici à l'oeuvre !

Comme disait Bernanos, « à quoi bon chercher ensemble des remèdes à nos maux si nous ne savons pas de quoi nous mourons ». Comment espérer que nos enfants repensent ce monde dans lequel nous vivons si même leurs enseignants leur font prendre les outils pour l'oeuvre, le commencement pour la fin...