Après avoir rappelé les concepts et les problématiques du web sémantique tel que définit par Tim Berners-Lee, faire du web un espace où les machines sont non seulement capables de lire l'information, mais aussi de la comprendre, ce qui leur permettrait de répondre à des requêtes complexes telles que « quels sont les livres qui ont été écrits par des auteurs diplômés de la même école que moi ? », C. Fiévet décrit la technologie FOAF qui vise « à utiliser RDF pour créer un nouveau type de document, accessible en ligne et décrivant les personnes ». Il s'agit d'une sorte de syntaxe RDF qui permet d'exprimer, au travers de plusieurs dizaines d'éléments regroupés en cinq grandes catégories, tout ce qui concerne une personne : son état civil, ses centres d'intérêt, les projets auxquels elle collabore, etc. Le mécanisme est d'autant plus puissant qu'il permet, en recoupant les documents FOAF décrivant plusieurs personnes, de boucher les trous d'informations, tout celà en mode distribué.

Selon C. Fiévet, bien que FOAF ne soit encore ni une norme ni un standard, il devrait néanmoins rapidement se diffuser et s'installer comme la carte d'indentité numérique du web-citoyen, poussé qu'il sera par la communauté des blogueurs notamment. C'est en revanche précisément cet aspect qui peut faire naître des inquiétudes légitimes quant aux atteintes qui, grâce à FOAF, pourrait être portées à la vie privée. Bien sûr, par définition, seules les informations choisies par l'auteur sont mentionnées dans le document FOAF. Ceci d'ailleurs, toujours selon C. Fiévet, pourrait être à la source d'un bouleversement juridique puisque FOAF laisse entre les seules mains de l'utilisateur les informations que la loi aujourd'hui lui permet de rectifier, modifier et supprimer.

Cet article m'a fait froid dans le dos.

Si l'objet technologique ne peut qu'intéresser l'informaticien que je suis, je reste en revanche stupéfait de constater l'aveuglement de l'auteur quant aux dangers qui naissent de l'idée même qui fonde FOAF. C. Fiévet décrit en effet par le menu comment faire mettre en place par les citoyens eux-mêmes le super-fichier auquel tous les services de renseignements rêvent depuis toujours. Tout y est : la richesse des informations, leur précision, l'accès complètement automatisé, et pire que tout, la collaboration qui n'a même pas besoin d'être active de tout un chacun pour exposer à tous les connaissances qu'il détient sur son voisin ! Orwell est dépassé ! En effet, contrairement à ce qui est avancé par C. Fiévet, s'il est vrai que seules les informations choisies par l'auteur sont mentionnées dans le document FOAF, c'est oublier que l'auteur n'est pas nécessairement la personne décrite par le document ! Rien ne m'empêche demain, de mettre en ligne tout ce que je sais, confidentiel ou pas, de mes amis, voisins, collègues, etc. Il me suffit pour celà de mettre en ligne des documents FOAF décrivant ces personnes. Si ce scénario relève d'une volonté de nuire a priori évidente, les spécifications techniques semblent malheureusement rendre celà possible presque à l'insu d'un utilisateur peu conscient des risques encourus : en effet, à chaque personne décrite par un document FOAF peut être associée une autre personne par un lien de connaissance (la propriété foaf:knows). Laquelle personne ainsi connue (située au point de destination du lien knows) peut être décrite avec autant de précisions que celle située à son origine ! Il y a malheureusement fort à craindre que des personnes peu conscientes des implications du procédé, particulièrement les jeunes, en viennent à décrire, dans leur propres documents, sinon tout ce qu'il savent de leurs connaissances, du moins certains informations que celles-ci souhaiteraient garder confidentielles.

Bien sûr, on peut toujours me dire que rien ne m'empêche aujourd'hui de publier sur la toile quelque information que ce soit, vraie ou fausse, et que FOAF n'ouvre en conséquence pas de nouvelles brêches dans le domaine de la protection de la vie privée. Ce serait oublier la raison même d'exister de FOAF : rendre les informations ainsi modélisées non seulement accessibles à des machines mais compréhensibles par celles-ci. Là où l'usage de Google et consorts se montre rapidement fastidieux, les moissonneurs FOAF (puisque c'est le terme même utilisé par les instigateurs du projet) vous dresseront une arborescence complète et précise de tout sur tout le monde ! Autant ce type de technologie appliquée aux documents (cf. les initiatives Dublin Core, OAI, etc.) peuvent être légitimement regardées comme un usage parfait du web sémantique en faveur de la diffusion de la connaissance, autant FOAF me parait être un projet dont l'extension devrait être proscrite d'urgence !