Ce discours, qui n'a rien de nouveau, m'en rappele un autre. L'an passé, son collègue (d'alors) Luc Ferry se fend d'un petit livre : Lettre à tous ceux qui aiment l'école. Dans le premier chapitre, consacré à l'illetrisme, après avoir fait le constat (chiffré) d'un accroissement considérable du ratio de réussite au bac pour une classe d'âge, Ferry souligne que celà ne saurait masquer la chute des compétences langagières. Jusque là je le suis à peu près. Mais page 31 il change soudain de ton et, bondissant comme un cabri sur le nombre de jeunes sortant sans qualification et sans diplôme du circuit scolaire il en tire la conclusion d'un échec scolaire en progression - alors même que les chiffres qu'il donne n'indiquent qu'une stagnation du système. Cette stagnation est sans nul doute inquiétante et nécessite, nul n'en disconviendra, des mesures destinées à l'entraver.

Pour autant, une phrase me gène tout particulièrement : « ... des années d'échec scolaire ont fait perdre aux enfants [...] toute envie de réussir au sein d'une communauté "normale". La logique de l'échec [...] est sans doute la principale origine des comportements déviants (absentéisme, incivilité, démotivation, etc.) que l'on observe en si grand nombre aujourd'hui au sein des collèges. ». Passons sur l'emploi du vocabulaire aux relents douteux employé par Ferry (communauté "normale", comportements déviants) et restons sur le raisonnement. On retrouve bien le discours de Villepin, ce soir ; au total, à les en croire, l'échec scolaire entraîne l'absentéisme qui lui-même est la mère de toutes les violences.

Mais, sans ignorer ni nier l'effet d'engrenage, je ne vois pas au nom de quelle logique ce serait l'échec scolaire qui serait à l'origine de ces comportements et non l'inverse ! S'il est une évidence, c'est bien celle que l'absentéisme, le chahut et le manque de motivation ne peuvent qu'immanquablement conduire à l'échec scolaire. Et qu'il convient donc non pas de résoudre le problème de l'échec scolaire pour résoudre ces problèmes de société, mais bel et bien de trouver - chose certes plus complexe et peut-être plus dérangeante - quelles causes sont à l'origine d'un tel refus de l'école qui est, lui, la source de l'échec scolaire !

Évidemment, c'est plus dur et moins vendeur que de terroriser les terroristes...