Les tenants du oui de gauche s'échinent depuis des mois à nous convaincre que le projet de traité constitutionnel pour l'Europe qui sera soumis au référendum, en France, le 29 mai prochain, est le moins libéral qui puisse être. Ils nous vantent sans cesse les valeurs de solidarité et d'égalité évoquées ici et là - comme si les déclarations des droits de l'homme, qu'elles soient universelle ou franco-française avaient jamais empêché non seulement le maintien mais l'accroissement de la pauvreté, où que ce soit dans le monde.

Or, ce que nul ne peut dénier, c'est que voter oui inscrira dans la constitution elle-même un modèle économique, l'économie de marché, érigé comme objectif fondamental de l'Union, et auquel nul état ne pourra donc déroger sans se mettre par là-même, hors du jeu politique et institutionnel de celle-ci.

Ne serait-il pas temps d'interroger enfin la légitimité de gauche revendiquée par certains de ces tenants du oui ? Le socialisme dont osent encore se parer sans vergogne ces euro-approbateurs, quelle est donc sa nature ? Souffririons-nous d'amnésie profonde, au point d'accepter que de telles personnes puissent se réclamer d'un courant de pensée qui s'est précisément construit en opposition à un modèle économique que le présent projet confirme comme l'alpha et l'oméga du spectre économique européen ?

Ne serait-il pas temps de nous souvenir que le problème fondamental de ce début de millénaire est celui de l'inégalité sans cesse croissante de répartition des richesses et de la dilapidation de celles-ci au seul profit d'une caste toujours plus restreinte, toujours plus riche, et toujours plus avare ?

Ne serait-il pas temps de rappeler les liens qui unissent indéfectiblement l'injustice sociale au capitalisme et qui épuisent les tenants de celui-ci à chercher sans cesse de nouveaux traitements sociaux d'une misère dont ils sont l'unique source ?

Ne serait-il pas temps, comme y appelle Robert Guédiguian dans Le Monde, à voter, enfin, « pour une fois, à nouveau, à gauche » !